La fête des mères - Episode 1 : L’équipée sauvage

2 11 2010

 C’était pour la fête des mères. Je voulais absolument acheter quelque chose de beau et d’unique pour maman. Je devais avoir 8 ou 9 ans et peu de notion de l’argent. Assez toutefois pour savoir que les quelques pièces de ma tirelire ne suffiraient pas. C’était un moulin en plastique, mur rond et gris imitant des pierres apparentes, toit rouge pointu et 4 grandes ailes qui tournaient. Le fond était pourvu d’une trappe à serrure. Munie de la petite clé que je rangeais soigneusement dans une jolie bonbonnière à fleurs, j’entrepris d’en explorer les entrailles.

Comme je le craignais, je dû me rendre à l’évidence, les pièces étaient nombreuses, mais ce n’étaient que des centimes. A part quelques bonbons, c’est tout que je pouvais espérer de mon magot. Il me fallait une complice. Je mis ma grand-mère dans la confidence qui acceptât de financer le projet. En secret, nous organisâmes notre sortie à Volux, bourgade voisine, où nous pourrions trouver l’objet idéal. Ce jour là, j’avais dis à maman que j’allais jouer à la ferme, chez la grand-mère, ce qui était en partie vrai.

Et c’est en Solex, ma grand-mère ne conduisait pas, que l’expédition eut lieu un jeudi après midi de mai. Elle ficela sur le porte bagage un oreiller pour que mon voyage soit moins inconfortable et démarra le Solex. Il fallait d’abord pédaler généreusement pour lui donner suffisamment d’élan, puis pousser le levier vers l’avant et lancer le moteur tout en continuant de pédaler pour qu’il ne cale pas aussitôt. Une fois le moteur ronronnant, elle fit demi-tour et m’installa sur le porte bagage.

Pour les passants, nous devions former un tableau pittoresque. Un dame âgée d’une cinquantaine d’année, quelques cheveux blancs dépassant de son foulard, cramponnée au guidon de son Solex. Une petite fille, assise à l’arrière, agrippée à la taille de son aïeule, cheveux blonds au vent, en bermuda bleu, les jambes calées dans les sacoches latérales. Et le Solex pétaradant, fumant, atteignant parfois une pointe de 30 km/h, en descente uniquement. Une vraie équipée sauvage, sans les bagarres !
Trois traversées de villages et une dizaine de kilomètres plus tard, nous accostâmes devant la boutique du père Prunier, quincailler de son état. Les cheveux emmêlés, les fesses talées malgré le coussin improvisé, je m’extirpai des sacoches et m’approchai de la vitrine. Et c’est là que je la vis…

© Sylvie Andreini

(à suivre)


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