Dans la vitrine - la fête des mères - épisode 2

9 11 2010

Elle trônait au milieu de la vitrine, posée sur une caisse drapée de velours gris clair. Je ne voyais plus qu’elle. Ce fût le coup de foudre. Il me la fallait. Supplique, regard implorant, ma grand-mère céda rapidement, bien qu’elle eut comme un sursaut à l’annonce de son prix. Elle était unique (la coupe, mais ma grand-mère aussi). Il n’y en avait aucune autre comme elle dans la boutique. C’était une corbeille à fruits en faïence noire, entièrement décorée en son creux d’un motif hivernal.
La belle fût soigneusement enveloppée dans plusieurs couches de papier journal, pas question qu’elle subisse le moindre dommage pendant le transport. Ma grand-mère la déposa avec précaution dans une des sacoches et paracheva sa protection par un vieux gilet de laine oublié là.
Elle redémarra le Solex, puis j’escaladai le porte bagage, jambes à l’extérieur des sacoches bien sûr. Ainsi écartelée je devais avoir l’air d’une grenouille à dos d’éléphant. Le trajet de retour me sembla incroyable court malgré l’inconfort de ma position. Je me voyais déjà offrant à maman cette coupe, j’imaginais son plaisir, son sourire, les mots qu’elle dirait :
- “comme elle belle, merci ma fille…” Ce serait le bonheur.
Le jour de la fête des mères arriva. Ma grand-mère vint à la maison, toujours en Solex, avec l’objet précieux dont elle était dépositaire jusqu’au jour J.
Je ne fus pas déçue. Ce fût une belle journée. Maman adora son cadeau qui avait parfaitement survécu à ses transferts cahotants. Elle me complimenta, m’embrassa et déposa la coupe au centre du buffet. Elle illustrait
un paysage de montagne sous la neige. En toile de fond un ciel étoilé et quelques cimes blanches sur lesquelles se découpait un village. Avec une église, son clocher et ses vitraux illuminés. Lovés autour quelques logis aux toits blancs et aux cheminées fumantes, plus loin des sapins aux branches alourdies de neige. Des personnages sur un chemin menant d’une maison à une autre. Sur un autre chemin, un cheval et un traineau empli de bûches, et au premier plan, deux patineurs sur une mare gelée.

Épilogue
Maman en a toujours pris soin, la coupe est restée longtemps sur le buffet. Qu’est-ce-que j’ai pu admirer son motif hivernal ! Je l’ai souvent dessiné aussi, par petites touches. Une fois c’était une chaumière, une autre fois l’église et ses vitraux orangés, ou encore la montagne piquée d’étoiles avec les sapins et les chemins blancs. A force de le contempler, le paysage s’animait rien que pour moi : le ciel scintillait, la fumée s’échappait en volutes, les personnages s’interpellaient, les patineurs dansaient… Une féérie sans cesse renouvelée au gré de mon imagination.

© Sylvie Andreini


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