La vache, c’est intelligent !

23 01 2011

J’ai passé une bonne partie de mon enfance à la ferme, d’abord chez mes grands-parents maternels, puis avec mes parents et ma grand-mère après le décès de mon grand-père. Une ferme comme tant d’autres en Gâtinais. Une longère au fond de la cour, murs enduits, encadrements de porte et de fenêtre en briquettes rouges. Des bâtiments tout autour, granges, hangar, écurie, poulailler, étable, greniers à foins … Un terrain de jeux inépuisable.

A la ferme, le maître mot n’était pas l’oisiveté, mais le travail. Les enfants aussi participaient à l’exploitation familiale. Une de mes attributions était de garder les vaches pendant les vacances scolaires. Tondeuses écologiques, elles entretenaient les espaces herbeux non clos autour de la ferme ou les jachères. Ces jours là ma grand-mère et moi sortions les vaches de l’étable pour les emmener sur le lieu de pâturage. Puis elle me laissait seule, après m’avoir défini les limites de la prairie. Une douzaine de vaches, toutes excitées par l’herbe grasse s’égayaient dans le champ. Armée d’un bâton, je remplissais ma tâche avec application, du moins durant la première heure. Il faut préciser, que c’est long de garder les vaches, en général toute la matinée, soit environ 3 heures toute seule au milieu des champs.

Au bout d’une heure, donc, elles étaient plus calmes. Je n’avais plus besoin de courir après l’une ou l’autre pour les contenir dans le pré. Je pouvais alors me livrer à mon activité favorite, la lecture. Néanmoins, je levais régulièrement les yeux, chaque fois elles paissaient sagement comme si elles avaient intégré les règles : la jachère oui, le blé vert non.

Puis prise par le plaisir de lire, l’intrigue de l’histoire, je levais de moins en moins souvent les yeux. Et là, les bourriques en profitaient pour investir le champ de blé bien tendre. Trop malines les vaches avec leurs yeux globuleux, leur regard doux semblant dire “t’en fais pas Sylvie, on a compris, on restera bien sages”. Ah, les malines, dès que je relâchais l’attention, elles en profitaient.

Et là, c’était la course, le bâton levé, à toutes jambes il me fallait en ramener une pendant qu’une autre partait à l’opposé comme de connivence !

Cependant, tout finissait par rentrer dans l’ordre, et quand ma grand-mère venait nous rechercher, moi et ces satanées vaches plus rien ne paraissait du rodéo farceur, cours après moi que je t’attrape, auquel elles m’avait soumise. Elles levaient la tête, le regard vide, le bas de la mâchoire ruminant, la queue battant l’air pour chasser les mouches et avançaient nonchalamment, dociles, vers l’étable.

C’est intelligent une vache !

 © Sylvie Andreini

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photo trouvée sur www.photodecouverte.com


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