Quel est votre objet domestique préféré ?

2 04 2016

Récemment, l’éphéméride de Flow (mon magazine favori) suggérait “dessinez ci dessous votre objet domestique préféré“. Ah non, c’est un peu court jeune Flow, on pouvait dire, bien des choses en somme. Enfantin : s’il vous plait dessines moi ton objet domestique préféré. Curieux : c’est quoi ton ustensile préféré ? Professoral : sortez vos cahiers et dessinez votre objet usuel favori.
Moi, rebelle :  Dessiner, si je veux !

Passé le moment de surprise, j’ai eu envie de jouer le jeu et cherché quel pourrait bien être mon objet domestique préféré. Et j’ai du y réfléchir plus longtemps que je ne le pensais. La première idée qui est venue est tout à fait saugrenue. Cet objet serait coiffé en brosse, hérissé de pics blancs plantés drus, emmanché d’un long cou bleu et couronné d’un voile en microfibres humide. A condition toutefois que les mains de l’homme soient dans le prolongement du manche bleu. Car le bleu, c’est bien connu est la couleur des garçons.

Trêve de féminisme. La seconde idée est plus prosaïque. S’il est un appareil ménager dont je ne pourrai plus me passer c’est la machine à laver le linge. Notez bien “plus”, car sans paraître radoteuse, je n’ai pas toujours connu cet appareil magique. Petite fille j’accompagnais mes grands-mères au lavoir du village. Elles y retrouvaient nombre d’autres femmes, comme elles, à genoux, battoir à la main. Quel mérite. J’ai aussi lavé le linge familial avec ma mère, puis seule, dans la grande bassine en fonte juchée sur deux tréteaux (la bassine, pas moi). Une planche blanchie et lisse d’usure plongeait dans la cuve à demi remplie d’eau qu’on avait fait chauffer auparavant sur la cuisinière. Il fallait frotter le linge avec le gros savon de Marseille et le brosser énergiquement avec la brosse à chien dent. Puis essorer, rincer et recommencer deux fois.

A dix huit ans j’ai pris mon indépendance et dans ma chambre de bonne à Paris, au sixième sans ascenseur, il y avait comble du luxe un minuscule lavabo d’eau froide ! Alors j’ai acheté une grande cuvette, et comme avant, j’ai fait chauffer l’eau dans une casserole et frotté mon linge à la main accroupie par-terre pour ne pas mouiller mon bureau.

Et un jour j’ai eu une machine à laver le linge. Un miracle ! Je vous le dis, c’est la plus belle invention du XXe siècle. Mais ce n’est pas mon objet domestique préféré, car à y bien penser celui qui emporte le premier prix c’est le four…

A suivre…

lavoir Dormelles

Le lavoir de mon enfance

image empruntée à Loisirs en Gâtinais

Filplume



La première fois que

24 09 2013

Vive la rentrée et la reprise des activités.

Hier, c’était atelier écriture à Lé-fé-plume. Nelly nous a proposé un stater stimulant : la première fois que …

La première fois que j’ai eu un jardin, c’était tout au fond d’un grand jardin. Il m’avait été attribué une petite parcelle entre le groseillier à maquereaux et l’ombre du pommier. Coin de terre inculte abandonnée par le jardinier et qui avait pourtant fait mon bonheur. J’y avais planté des radis, beaucoup de radis et les avais assidument arrosés. On aime bien les radis quand on a 8 ans.

radis.jpg

Emprunt image à Potager-Maison.com

© Sylvie Andreini



La soupe de l’ogre

25 08 2011

Je n’ai que peu de souvenirs de mon grand-père maternel et pourtant, j’ai passé beaucoup de temps à la ferme, entre lui, ma grand-mère et ma tante. Il ne manifestait guère son affection ni ses émotions. Il n’était pas très démonstratif.

Je le revois surtout le soir, après le travail aux champs. Il s’accoudait au buffet, au fond de la cuisine. Face au mur, nous tournant le dos, il écoutait les informations à la radio.

De ma place, sur le banc en bois, je contemplais le dos d’un immense bonhomme, large, massif, un peu vouté, au cou épais rentré dans les épaules. Une sorte de colosse. Il n’était pas causant et commentait les nouvelles à sa façon. De courtes appréciations tranchantes et tonitruantes comme “Aahh ! Les salauds “.  Avec tout le poids de son mépris appuyant sur le dernier mot, un mot qui n’en finissait plus d’être prononcé. A la suite de quoi, il buvait un verre de vin, du vin de sa vigne, une vraie piquette à ce qu’il paraît.

Puis, il s’installait à table, en face de moi et attendait que ma grand-mère serve la soupe, brûlante, sinon gare ! Il y ajoutait une bonne rasade de viandox (beurk), mélangeait bien et amenait le liquide fumant à sa bouche en un rituel métronome.

La grosse cuillère paraissait petite dans sa paluche de géant. Elle faisait la première moitié du chemin, sa tête la seconde. Il aspirait le contenu de la cuillère à grands renforts de “ssluupp” sonores tout en se frottant l’estomac de l’autre main, ravi de la brûlure occasionnée, accompagnant le tout d’un “aahh” de contentement. J’étais impressionnée.

“Ssluupp, aahh ! Ssluupp, aahh ! Ssluupp, aahh !” Jusqu’à racler l’assiette. Personne ne parlait. Il m’évoquait l’ogre des contes que ma tante me lisait le soir. J’avais parfois un peu peur de lui, surtout lorsqu’agacé par mes gesticulations qui faisaient grincer le banc, il me lançait de sa voix de basse : “T’as des vers au cul, dont !”

Bien des années plus tard, je trouvais en bas d’un placard, un cahier d’écolier. Ma tante y avait composé une rédaction dont le sujet était “décrivez votre père”. Elle y racontait le cadeau de fête des pères qu’elle avait secrètement acheté et caché jusqu’au jour J. Son père l’avait embrassée et montrait à tous son cadeau en déclarant fièrement “regardez, la belle montre que Françoise m’a offert”. Elle avait eu une bonne note.

Dans ce cahier d’écolière, j’ai découvert un père, comme les autres. L’ogre n’était plus.

© Sylvie Andreini



La vache, c’est intelligent !

23 01 2011

J’ai passé une bonne partie de mon enfance à la ferme, d’abord chez mes grands-parents maternels, puis avec mes parents et ma grand-mère après le décès de mon grand-père. Une ferme comme tant d’autres en Gâtinais. Une longère au fond de la cour, murs enduits, encadrements de porte et de fenêtre en briquettes rouges. Des bâtiments tout autour, granges, hangar, écurie, poulailler, étable, greniers à foins … Un terrain de jeux inépuisable.

A la ferme, le maître mot n’était pas l’oisiveté, mais le travail. Les enfants aussi participaient à l’exploitation familiale. Une de mes attributions était de garder les vaches pendant les vacances scolaires. Tondeuses écologiques, elles entretenaient les espaces herbeux non clos autour de la ferme ou les jachères. Ces jours là ma grand-mère et moi sortions les vaches de l’étable pour les emmener sur le lieu de pâturage. Puis elle me laissait seule, après m’avoir défini les limites de la prairie. Une douzaine de vaches, toutes excitées par l’herbe grasse s’égayaient dans le champ. Armée d’un bâton, je remplissais ma tâche avec application, du moins durant la première heure. Il faut préciser, que c’est long de garder les vaches, en général toute la matinée, soit environ 3 heures toute seule au milieu des champs.

Au bout d’une heure, donc, elles étaient plus calmes. Je n’avais plus besoin de courir après l’une ou l’autre pour les contenir dans le pré. Je pouvais alors me livrer à mon activité favorite, la lecture. Néanmoins, je levais régulièrement les yeux, chaque fois elles paissaient sagement comme si elles avaient intégré les règles : la jachère oui, le blé vert non.

Puis prise par le plaisir de lire, l’intrigue de l’histoire, je levais de moins en moins souvent les yeux. Et là, les bourriques en profitaient pour investir le champ de blé bien tendre. Trop malines les vaches avec leurs yeux globuleux, leur regard doux semblant dire “t’en fais pas Sylvie, on a compris, on restera bien sages”. Ah, les malines, dès que je relâchais l’attention, elles en profitaient.

Et là, c’était la course, le bâton levé, à toutes jambes il me fallait en ramener une pendant qu’une autre partait à l’opposé comme de connivence !

Cependant, tout finissait par rentrer dans l’ordre, et quand ma grand-mère venait nous rechercher, moi et ces satanées vaches plus rien ne paraissait du rodéo farceur, cours après moi que je t’attrape, auquel elles m’avait soumise. Elles levaient la tête, le regard vide, le bas de la mâchoire ruminant, la queue battant l’air pour chasser les mouches et avançaient nonchalamment, dociles, vers l’étable.

C’est intelligent une vache !

 © Sylvie Andreini

 vache1.jpg

photo trouvée sur www.photodecouverte.com



Deuxième leçon de tricot - Chez Hortense

12 01 2011

Comme je voulais toujours apprendre à tricoter, Maman eut recours aux traditions. Qui d’autre qu’une grand-mère pourrait révéler à une petite fille encore maladroite la vie emberlificotée des aiguilles à tricoter ?

Un jeudi après-midi de septembre, elle m’emmena chez Hortense. Elle habitait en haut de la côte. Il y avait deux rues dans notre village à flanc de coteau, la côte et une rue transversale dite de la mairie. Nous habitions également en haut de la côte, un peu plus loin, juste avant le cimetière. Avec mon amie Nadine, nous passions devant chez elle en rentrant de l’école. Elle nous regardait passer depuis la porte de sa maison, les mains sur les hanches, sans nous adresser la parole. Une statue du commandeur. Elle nous suivait du regard que nous jugions sévère. On aurait dit qu’elle nous surveillait, d’autant plus que sa maison était surélevée. Ceinte de son tablier de toile bleue, elle dominait la rue du haut des marches.

C’est donc peu enthousiaste que je suivis ma mère chez Hortense. Elle nous attendait, immuable, au seuil de sa porte. Nous franchîmes les quelques marches de ce qui me semblait sa tour tour de guet, et entrâmes dans la cuisine. C’était une grande pièce longue, typique du Gâtinais, avec en son centre une longue table en bois entourée de chaises paillées. A la ferme, chez ma grand-mère, c’était des bancs. Pour le reste pas de changement : fourneau à bois où mijote une marmite et son gros tuyau émaillé coudé (du fourneau, pas de la marmite), pierre à évier rectangulaire et rideau de sous évier de la même toile que le tablier, un buffet haut et une grosse horloge murale.

Après les salutations courtoises, Maman expliqua que je souhaitais tricoter mais que je n’y arrivais pas. Hortense prit un air entendu et rassura ma mère qui me laissa seule avec elle. Je n’en menais pas large. La mère Maillard, comme nous l’appelions, n’évoquais pas pour moi, la mamie confiture dorlotant ses petits enfants. Hortense tira deux chaises vers le seuil de la porte, pour profiter de la lumière me dit-elle. Puis du buffet, elle extirpa une grande corbeille en osier pleine de pelotes. Il y en avait de toutes les couleurs, de toutes les épaisseurs, de toutes les matières, jaunes, bleues, vertes, rouges, unies ou chinées. Un feu d’artifice.
- “Nous allons faire une trousse pour tes crayons, quelle couleur préfères tu ? Choisis ta laine.”

Je fouillai dans ce panier aux trésors et dénichai une pelote d’un beau rouge cerise.

- “Excellent choix,” me dit-elle, “nous la ferons au pointe mousse pour commencer.”
Comment ça pour commencer ? Pas sûr que je revienne me disais-je en moi-même, pas encore totalement à l’aise.
Elle monta les mailles, tricota les premiers rangs en silence. Ensuite, elle rapprocha sa chaise de la mienne et ainsi assises côte à côte, elle me montra la fabuleuse maille à l’endroit, me fit essayer, me remontra, me fit réessayer, encore et encore, sans la moindre impatience. Elle avait prit son propre tricot, et de temps en temps regardait où j’en étais, rattrapait les mailles fugueuses et me retendait les aiguilles. Et c’est ainsi que j’ai réalisé mon premier rang au tricot, puis le second et tous les suivants.
Au milieu de l’après midi, nous prîmes un chocolat chaud accompagné d’une part de tarte aux pommes. Puis Maman vint me chercher.

- “Sylvie s’est bien débrouillée. Nous continuerons jeudi prochain” ajouta Hortense.

Je revins à deux reprises, non seulement sans crainte mais avec plaisir. Du seuil de sa maison, toujours pour profiter de la lumière, nous regardions les gens passer. Certains s’arrêtaient et discutaient un moment. Nous finissions par un goûter gourmand. Ces moments étaient agréables, je n’avais plus peur d’Hortense. J’appris plus tard, que ses enfants et petits enfants habitaient loin, qu’elle les voyaient peu. Elle m’apprenait le tricot et je rompais sa solitude, je devenais pour quelques heures sa petite fille d’adoption.
Lorsqu’elle trouva le tricot assez long, elle me félicita

- “C’est bien, il y en a assez, reviens jeudi prochain, j’aurai cousu ta trousse et posé une fermeture éclair”.

Ce qu’elle fit. Et dès le vendredi suivant, je posai, et avec quelle fierté, ma belle trousse rouge sur mon pupitre à l’école.

 © Sylvie Andreini

panier de pelotes



Il était une fois

14 12 2010

La semaine dernière, soirée privée avec un invité de prestige : Richard Dewitte. Vous ne connaissez pas ? Bien sûr que si.

La rencontre est étonnante. Un homme, pas très grand, la soixantaine, jean et pull gris. Jamais je ne l’aurais jamais remarqué sur le quai d’une gare ou dans une réception. Un peu effacé, il fait un pas en avant, me sert la main en esquissant un sourire, avant de reprendre sa place, près du mur au fond de la salle. Un peu dégarni, un peu vouté, je l’imagine bien en jardinier ou cueilleur de champignons.

La soirée avance, vient le moment du récital. Il quitte la table en toute discrétion. Et réapparaît en habit de lumière, veste noire rebrodée de fil d’argent, tête droite, démarche assurée, un micro à la main. Il se dirige vers la scène en entonnant :

Rien, qu’un ciel

Et là, c’est la chute vertigineuse. J’ai 15 ans. D’un seul coup. Tout est là : la voix, la mélodie, les mots. Une énorme émotion, difficile à définir me submerge. Je n’ai pas de souvenir particulier lié à cette chanson. Pourtant.

“Un peu d’eau, des fleurs et quelques hirondelles…”

Juste une époque, le début des années 70, jeunesse insouciante, la seconde au lycée, l’internat, les mercredis après midi au café “les glaces”, les premières sorties, les slows et les premiers émois amoureux. La promesse d’un avenir serein, une décennie où tout était possible, où le futur nous appartenait.

Ouvre la fenêtre …”

Une bouffée de bonheur et de bien-être, de jubilation même, m’envahit. Cette mélodie chaloupante, emprunte de douceur et de quiétude a bercé mes rêves de jeune fille. Rêves d’harmonie, de partage, d’amour.

“Et tu as tout pour être heureux …”

La dernière note est tombée et je me demande si je n’ai pas tout simplement imaginé cette parenthèse. Je suis encore sur un nuage de ouate voguant sous la brise adolescente. Merci Richard.

Et voilà“.

© Sylvie Andreini

Les courtes citations entreguillemets sont les paroles de la chanson “Rien qu’un ciel”, interpertée par le groupe Il était une fois. (R. Dewitt) / Maria (S. Koolenn).



Dans la vitrine - la fête des mères - épisode 2

9 11 2010

Elle trônait au milieu de la vitrine, posée sur une caisse drapée de velours gris clair. Je ne voyais plus qu’elle. Ce fût le coup de foudre. Il me la fallait. Supplique, regard implorant, ma grand-mère céda rapidement, bien qu’elle eut comme un sursaut à l’annonce de son prix. Elle était unique (la coupe, mais ma grand-mère aussi). Il n’y en avait aucune autre comme elle dans la boutique. C’était une corbeille à fruits en faïence noire, entièrement décorée en son creux d’un motif hivernal.
La belle fût soigneusement enveloppée dans plusieurs couches de papier journal, pas question qu’elle subisse le moindre dommage pendant le transport. Ma grand-mère la déposa avec précaution dans une des sacoches et paracheva sa protection par un vieux gilet de laine oublié là.
Elle redémarra le Solex, puis j’escaladai le porte bagage, jambes à l’extérieur des sacoches bien sûr. Ainsi écartelée je devais avoir l’air d’une grenouille à dos d’éléphant. Le trajet de retour me sembla incroyable court malgré l’inconfort de ma position. Je me voyais déjà offrant à maman cette coupe, j’imaginais son plaisir, son sourire, les mots qu’elle dirait :
- “comme elle belle, merci ma fille…” Ce serait le bonheur.
Le jour de la fête des mères arriva. Ma grand-mère vint à la maison, toujours en Solex, avec l’objet précieux dont elle était dépositaire jusqu’au jour J.
Je ne fus pas déçue. Ce fût une belle journée. Maman adora son cadeau qui avait parfaitement survécu à ses transferts cahotants. Elle me complimenta, m’embrassa et déposa la coupe au centre du buffet. Elle illustrait
un paysage de montagne sous la neige. En toile de fond un ciel étoilé et quelques cimes blanches sur lesquelles se découpait un village. Avec une église, son clocher et ses vitraux illuminés. Lovés autour quelques logis aux toits blancs et aux cheminées fumantes, plus loin des sapins aux branches alourdies de neige. Des personnages sur un chemin menant d’une maison à une autre. Sur un autre chemin, un cheval et un traineau empli de bûches, et au premier plan, deux patineurs sur une mare gelée.

Épilogue
Maman en a toujours pris soin, la coupe est restée longtemps sur le buffet. Qu’est-ce-que j’ai pu admirer son motif hivernal ! Je l’ai souvent dessiné aussi, par petites touches. Une fois c’était une chaumière, une autre fois l’église et ses vitraux orangés, ou encore la montagne piquée d’étoiles avec les sapins et les chemins blancs. A force de le contempler, le paysage s’animait rien que pour moi : le ciel scintillait, la fumée s’échappait en volutes, les personnages s’interpellaient, les patineurs dansaient… Une féérie sans cesse renouvelée au gré de mon imagination.

© Sylvie Andreini



La fête des mères - Episode 1 : L’équipée sauvage

2 11 2010

 C’était pour la fête des mères. Je voulais absolument acheter quelque chose de beau et d’unique pour maman. Je devais avoir 8 ou 9 ans et peu de notion de l’argent. Assez toutefois pour savoir que les quelques pièces de ma tirelire ne suffiraient pas. C’était un moulin en plastique, mur rond et gris imitant des pierres apparentes, toit rouge pointu et 4 grandes ailes qui tournaient. Le fond était pourvu d’une trappe à serrure. Munie de la petite clé que je rangeais soigneusement dans une jolie bonbonnière à fleurs, j’entrepris d’en explorer les entrailles.

Comme je le craignais, je dû me rendre à l’évidence, les pièces étaient nombreuses, mais ce n’étaient que des centimes. A part quelques bonbons, c’est tout que je pouvais espérer de mon magot. Il me fallait une complice. Je mis ma grand-mère dans la confidence qui acceptât de financer le projet. En secret, nous organisâmes notre sortie à Volux, bourgade voisine, où nous pourrions trouver l’objet idéal. Ce jour là, j’avais dis à maman que j’allais jouer à la ferme, chez la grand-mère, ce qui était en partie vrai.

Et c’est en Solex, ma grand-mère ne conduisait pas, que l’expédition eut lieu un jeudi après midi de mai. Elle ficela sur le porte bagage un oreiller pour que mon voyage soit moins inconfortable et démarra le Solex. Il fallait d’abord pédaler généreusement pour lui donner suffisamment d’élan, puis pousser le levier vers l’avant et lancer le moteur tout en continuant de pédaler pour qu’il ne cale pas aussitôt. Une fois le moteur ronronnant, elle fit demi-tour et m’installa sur le porte bagage.

Pour les passants, nous devions former un tableau pittoresque. Un dame âgée d’une cinquantaine d’année, quelques cheveux blancs dépassant de son foulard, cramponnée au guidon de son Solex. Une petite fille, assise à l’arrière, agrippée à la taille de son aïeule, cheveux blonds au vent, en bermuda bleu, les jambes calées dans les sacoches latérales. Et le Solex pétaradant, fumant, atteignant parfois une pointe de 30 km/h, en descente uniquement. Une vraie équipée sauvage, sans les bagarres !
Trois traversées de villages et une dizaine de kilomètres plus tard, nous accostâmes devant la boutique du père Prunier, quincailler de son état. Les cheveux emmêlés, les fesses talées malgré le coussin improvisé, je m’extirpai des sacoches et m’approchai de la vitrine. Et c’est là que je la vis…

© Sylvie Andreini

(à suivre)



Première leçon de tricot

25 09 2010

Je me souviens de ma première tentative au tricot, je devais avoir 7 ou 8 ans. J’avais émis le souhait d’apprendre à tricoter. Ma mère rechignait et trouvait maints prétextes pour reculer.

  • C’est compliqué, tu n’y arriveras pas, je n’ai pas le temps ce matin…

Elle n’aimait pas enseigner, elle préférait faire. “J’irais plus vite moi-même” me disait-elle chaque fois que je voulais essayer avec elle une activité nouvelle. Devant mon instance, elle finit cependant par y consentir.

Ce jour là, pleine d’impatience, je m’assois sur le banc et attends bien sage. D’abord monter les mailles. Debout à côté de moi, elle en fait 4 ou 5, me donne l’aiguille et la pelote avant de retourner à l’épluchage de ses légumes.

  • A toi maintenant ! me dit-elle toute contente d’avoir accédé à ma demande.

Au défi et pour être digne de sa confiance, je m’applique, mais en vain. Ce petit tour de passe passe de l’aiguille, des doigts et du fil me laisse perplexe.

En haussant les épaules, elle admet que le montage des mailles n’est peut-être pas la bonne méthode pour une première fois. Elle s’installe alors en face de moi, monte une aiguillée, fait quelques mailles à l’endroit en décomposant son geste et à nouveau me tend les aiguilles.

  • C’est la maille à l’endroit, la plus simple, tu as compris ?

Comment vous dire ? Reproduire un geste que l’on voit pour la première fois en miroir, où il est question d’avoir une aiguille dans la main gauche, une autre dans la main droite, plus un fil autour de l’index droit. Et si cela s’arrêtait là, mais non ! Il faut mettre le fil derrière, piquer l’aiguille droite dans la première maille qui se présente sur l’aiguille gauche et faire le tour de l’aiguille droite avec le fil (qui est resté derrière normalement… mais çà c’est une autre histoire). Faire le tour de l’aiguille donc, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Jusque là tout va bien ? Vous suivez ?

Et pour corser le tout, ramener l’aiguille droite (avec le fil autour) vers soi en passant par la maille de l’aiguille gauche en la poussant avec l’index gauche.

Et voilà, le tour est joué, vous avez fait une maille endroit. Enfantin ! Il ne vous reste plus qu’à répéter cette simplissime manœuvre pour chaque maille de l’aiguille gauche, retourner l’ouvrage et recommencer, encore et encore avant de voir quelques centimètres de point mousse.

Vous avez deviné la suite.

Mes aiguilles semblaient habitées d’une vie autonome. Je n’ai pas réussi à reproduire cette fichue maille à l’endroit vue à l’envers. Fin de la première leçon.

© Sylvie Andreini








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